Allocution de Mme Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, à l’occasion du VIe Rendez-vous annuel des intervenantes et des intervenants jeunesse

 

Châteauguay, le 9 avril 2010


Monsieur le Président de la Commission scolaire New Frontiers (David D’Aoust),
Madame la Vice-présidente de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries (Margot Pagé),
Madame la Mairesse de Châteauguay (Nathalie Simon),
Mesdames, Messieurs,

Je tiens d’abord à remercier la Table de concertation jeunesse de Châteauguay de m’avoir invitée à ce colloque qui porte sur l’estime de soi des jeunes et dont plusieurs ateliers d’ailleurs portent sur le milieu de l’éducation.

En tant que présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, ma première préoccupation est la réussite des élèves et pour reprendre le thème du colloque, je crois que c’est une des conditions gagnantes qui favorisent l’estime de soi des jeunes.

Mais pour réussir à l’école, l’élève doit s’y sentir bien et valorisé car l’école est un milieu de vie. La Fédération s’est intéressée à cette question lors de son dernier congrès et a innové en organisant un forum jeunesse. Plus de cinquante jeunes délégués de toutes les régions du Québec ont participé au forum Place aux élèves durant lequel ils nous ont expliqué, dans leurs mots, pourquoi les jeunes décrochent, ce qu’il faut faire pour les retenir et surtout les intéresser à l’école.

Les jeunes estiment que l’école réunit déjà plusieurs conditions gagnantes pour la persévérance scolaire, notamment les activités parascolaires, les services spécialisés, les programmes particuliers, la valorisation de la formation professionnelle et les activités de valorisation comme les galas.

J’aimerais insister sur deux points en particulier. Concernant les activités parascolaires d’abord, la FCSQ croit fermement à l’importance de développer des programmes d’activités parascolaires dans les écoles publiques du Québec. Les études le démontrent, la participation des élèves à des activités parascolaires améliore le climat de l’école, favorise la réussite des élèves et leur permet de bénéficier d’un meilleur encadrement et d’accroître leur sentiment d’appartenance. Cette participation est aussi un outil efficace pour lutter contre le décrochage. Je me réjouis d’ailleurs que le récent budget du ministre des Finances contienne des sommes supplémentaires pour les activités parascolaires, telles que le prévoyait le plan d’action pour la persévérance scolaire de la ministre de l’Éducation.

Quant aux projets pédagogiques particuliers, tels les programmes sports-études, arts-études, ou d’école internationale, les jeunes les apprécient beaucoup et pour cause. Ils permettent de répondre aux intérêts et aptitudes variés des élèves qui peuvent être un peu laissés de côté dans le cadre du programme régulier. Ces projets permettent aux élèves de se développer et favorisent aussi grandement la persévérance scolaire.

Les jeunes qui ont participé au forum ont aussi beaucoup insisté sur l’importance de développer un sentiment d’appartenance à l’école et c’est là que la notion d’école communautaire prend tout son sens. L’école et la communauté doivent être ouvertes pour travailler ensemble au développement social et culturel de tous, incluant les jeunes. Il ne faut pas que l’école soit un lieu exclusif pour l’apprentissage scolaire, mais un milieu de vie où les jeunes peuvent s’épanouir à tous les niveaux.

La persévérance scolaire est devenue un enjeu majeur au Québec. La Fédération des commissions scolaires du Québec reconnaît non seulement l’importance de ce défi, mais est au cœur de la réflexion et surtout de l’action en cette matière. C’est ce qui nous a motivés à tenir des assises régionales sur la persévérance et la réussite scolaires aux quatre coins du Québec l’an dernier, notamment en Montérégie. Cet exercice nous a permis de constater que les écoles font déjà preuve de beaucoup d’initiative et de créativité pour favoriser la réussite scolaire de leurs élèves. De plus, un groupe de travail présidé par le banquier Jacques Ménard, auquel nous avons participé, s’est penché sur la question l’hiver dernier et a proposé le lancement d’un vaste chantier national pour contrer le décrochage scolaire au Québec et il y a eu à l’automne la publication du plan d’action de la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne. Encore récemment, à la rencontre économique de Lévis convoquée par le premier ministre, il y a eu unanimité des participants pour affirmer que l’éducation doit être la priorité absolue au Québec, afin d’assurer notre développement économique et social.

Il faut profiter de cette mobilisation pour réaliser des actions concrètes en faveur de la persévérance scolaire bien sûr, mais aussi, pour valoriser davantage l’éducation, et particulièrement l’école publique. Valoriser l’école publique, c’est valoriser les enseignants et tout le personnel des écoles qui travaillent sans relâche chaque jour pour la réussite des élèves, et c’est aussi valoriser le travail, les efforts et les rêves des élèves, jeunes et adultes, qui fréquentent nos établissements avec plein de projets en tête et qui s’y épanouissent. Nous avons l’un des meilleurs systèmes publics d’enseignement au monde, il faut se le dire !

La valorisation de l’école publique ne doit pas seulement être une priorité pour ceux qui y consacrent déjà temps, énergie et savoir-faire, mais aussi pour le gouvernement, les employeurs et les parents car l’éducation est la base sur laquelle repose le développement d’une société.

La persévérance scolaire est l’affaire de tous. C’est la responsabilité des parents, qui doivent s’intéresser à ce que leur enfant apprend et réalise à l’école, c’est la responsabilité des employeurs, qui doivent limiter le nombre d’heures de travail qu’ils demandent aux jeunes du secondaire pour leur permettre de consacrer suffisamment de temps à leurs études, c’est la responsabilité de la société, particulièrement des médias, d’être équitable dans son traitement de l’information et de souligner aussi les bons coups de nos écoles qui sont nombreux, et bien sûr, c’est la responsabilité du gouvernement qui doit valoriser notre système public d’éducation et le financer adéquatement. Car comment demander à nos jeunes de persévérer à l’école si on leur envoie constamment le message que ce n’est pas important. Il faut être vigilant et surtout conscient de notre responsabilité à cet égard.

C’est dans l’esprit de cette valorisation de l’école publique qui a un lien direct avec la persévérance scolaire que la Fédération des commissions scolaires demande au gouvernement de tenir un véritable débat public sur le rôle et la place de l’école privée dans notre système d’éducation. Je vous rappelle que le Québec est la province qui subventionne le plus les écoles privées, soit à une hauteur de 60 %, privant ainsi le réseau public d’une partie du financement qui pourrait lui revenir, mais aussi d’élèves doués qui pourraient être des modèles pour ceux qui connaissent des difficultés. Le documentaire Les enfants du Palmarès, de la réalisatrice Marie-Josée Cardinal, a aussi mis au jour les effets dévastateurs de ce système d’éducation à deux vitesses pour les enfants dont les parents souhaitent qu’ils fréquentent l’école privée, mais qui échouent les examens d’entrée. Une façon de faire qui nuit certainement à l’estime de soi des jeunes qui se retrouvent dans cette situation.

Nous demandons aussi une vaste réflexion avec toutes les personnes concernées sur la question de l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage dans les classes régulières. L’intégration est un choix de société que nous avons fait et auquel j’adhère, mais force est de constater qu’il y a beaucoup de critiques, d’insatisfaction et d’inquiétudes par rapport aux façons de faire et aux moyens dont nous disposons pour faciliter cette intégration dans le meilleur intérêt de tous les élèves et leurs parents. C’est une problématique qui est d’ailleurs liée à celle des subventions aux écoles privées, car les bons élèves, que l’on perd au profit du privé, pourraient servir de modèles aux élèves qui ont plus de difficulté. Cette mixité entre des plus faibles et des plus forts est nécessaire pour atteindre un certain équilibre, car la classe est un milieu de vie qui doit être représentatif.

Et c’est en étant représentative de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent que les élèves peuvent développer un sentiment d’appartenance à leur école.

Voilà les pistes de réflexion que je souhaitais aborder avec vous aujourd’hui.

Merci et bon colloque !